Jënd ci jub se met en scène
Article mis en ligne le 18 avril 2012

par André Petithan
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Cabosse & Chocolat

d’après Nargis Benamor & Frédéric Kusiak

Adaptation : Lucie Bockourt

Distribution :

  • EN BRUN / 4 barres de chocolat : Anthony, Charlotte, Audrey, Susie
  • EN VERT / 2 cabosses : Gérault, Morgane
  • EN GRIS / 1 GPS : André
  • EN BLEU FONCÉ / 3 mères : Chantal, Tabatha, Annick
  • EN BLEU / 5 enfants : Magdalena, Anthony, Morgane, Tabatha, Susie
  • EN ROSE / 2 consommateurs : Christine, Annick
  • EN JAUNE / 1 opérateur économique : Jeanne
  • EN ROUGE / Nestlé : Céline
  • EN ORANGE / 1 industriel : Éva
  • EN MULTICOLORE / 2 souffleurs : Marie, Sylvie

SCÈNE 1 « D’où je viens ? »

Audrey, Charlotte, Susie, Anthony

(Le groupe, sur un signe d’André assis quelque part, mime et chantonne « Bonjour ma cousine… », jusqu’à ce qu’un calme relatif se dessine. Sur un signe d’André, tous vont s’assoir en grand cercle dos au public, ou en demi-cercle selon la « scène », sauf les 4 qui forment un grand carré, se tournant le dos.)

Audrey — Au petit déjeuner, manger des céréales made in Holland.

Anthony — À 11h, manger une banane made in Colombia.

Charlotte — Faire du sport avec des Adidas made in Germany.

Susie — À midi, manger des nouilles made in Japan.

Charlotte — Gagner un peu d’argent pour se payer un nouvel I-Pod made in USA.

Anthony — Télécharger de la musique sur un site illégal made in China.

Susie — Se lever pendant les vacances pour aller travailler à la chaine avec un vélo made in France.

Audrey — À la pause, manger une barre de chocolat, une bonne barre de chocolat ! Du chocolat oui mais du chocolat made in… Belgium.

(Tous se retournent et se questionnent du regard.)

Audrey — C’est bizarre,

Tous — j’ai beau chercher je ne vois pas d’où vient le cacao.

(Audrey mime le téléphone avec sa main, Charlotte lui prend sa main-téléphone et s’en sert pendant la première phrase de sa réplique. Ensuite, elle mime avec sa propre main. Susie lui prend sa main-Téléphone… et ainsi de suite.)

Audrey — Oui papa, dis-moi il vient d’où notre cacao ? Comment ça plus tard ? Dis-le-moi maintenant. J’ai quand même le droit de savoir d’où je viens !

Charlotte — C’est compliqué, je veux bien mais quand même. Oui, je suis prêt à l’entendre. Vas-y. D’Afrique ? Comment ? On a des origines africaines ?! Ce n’est pas possible. De Côte d’Ivoire ?

Susie — Passe-moi maman. Dis, maman, c’est vrai ce que vient de me dire papa ? De Côte d’Ivoire.

Anthony — Tu m’apprends ça comme ça par téléphone. C’est quoi ce grand déballage.

Charlotte — Pourquoi vous m’avez caché mes origines ? Vous ne savez pas d’où vous venez ? Menteurs, ce soir vous ferez des biscuits sans moi. (Elle raccroche)

(Anthony, Charlotte et Susie vont s’assoir en formant un petit cercle dans le grand cercle. Audrey est seule au centre. Elle donne sa réplique et va les rejoindre.)

Audrey — C’est compliqué les histoires de famille. Des secrets et des mensonges. Je veux en avoir le coeur net. Si eux n’ont pas eu le courage d’y aller. Moi je l’aurai. J’y vais, je me casse. Je vais en Afrique, c’est décidé. Je veux savoir.


SCÈNE 2 « Où je vais ? »

Gérault, Morgane

(Gérault et Morgane slaloment entre les 4 barres de chocolat et s’arrêtent près d’une pour parler : ils s’adressent au public.)

Gérault — Dormir, dormir ! Rêver peut-être entre les tropiques du Cancer et du Capricorne.

Morgane — Je ne sais pas où je vais, ni ce que je deviens ni comment je me transforme, comment on me transforme.

Gérault — En donnant ce que j’ai de plus cher, ma chair.

Morgane — Cueillette, écabossage, séchage.

Gérault — Fèves séchées sous un soleil de plomb et transportées.

Morgane — Il parait qu’on devient agréable, doux à manger.

Gérault — Ça me fait plaisir de faire plaisir.

Morgane — Qui en effet, qui ne voudrait pas faire plaisir ?

Gérault — On est né pour ça.

Morgane — Faire plaisir aux autres en donnant mon trésor, mon or.

Gérault — Mon cacaoyer a déjà vécu 30 ans au moins.

Morgane — Il commence à être très fatigué.

Gérault — Il m’a raconté un tas d’histoires.

Morgane — J’aimerais bien me détacher. Je pourrais voir le monde.

(Tous rejoignent le grand cercle.)

SCÈNE 3 « La barre de chocolat en voyage »

Audrey, Susie, André, Gérault, Morgane

(Sur une ligne : 2 groupes. Le premier : Gérault et Morgane ; le second : Charlotte et Anthony. André leur distribue les fiches techniques avant d’aller s’assoir en leur tournant le dos. Face à André : Audrey et Susie.)

André— Encodez point de départ.

Susie — Alors, École Saint-Julien-Parnasse-Auderghem, Belgique..

André — Encodez destination.

Audrey — Afrique.

André — Encodez destination.

Susie — Afrique de l’ouest, Côte d’Ivoire.

André — Encodez nom de rue.

Audrey — Heu, rue des plantations.

André — Tapez numéro.

Susie — Heu, allez au centre de la rue, voilà.

(Audrey et Susie tournent autour d’André.)

André — Continuez tout droit, au rond point prenez la deuxième sortie. Faites demi-tour avec prudence… Continuez tout droit durant 4 253 km. Continuez tout droit. Au rond point prenez la deuxième sortie. Faites demi-tour avec prudence…

Audrey — C’est bon, on a compris. Allons-y. 4 000 km, 3 500, 3 000, 2 500, 2 000, 1 500, 1 000, 500, j’y suis !

André — Entrez dans l’usine numéro 1 en face.

(A. et S. font face à Gérault et Morgane.)

Susie — Ça y est, j’y suis. Pour faire le chocolat, on commence par torréfier les fèves du cacaoyer. C’est chauffé à 60°. Et ensuite ?

André — Tournez à gauche et entrez dans une deuxième usine…

(Audrey et Susie font face à Charlotte et Anthony.)

Audrey — On broie les fèves de cacao, c’est ça qui donne la pâte de cacao. Et après ?

André — Entrez dans la troisième usine. Faites demi-tour avec prudence…

(A. et S. tournent autour de Charlotte et Anthony, pour se retrouver au même endroit !)

Susie — Ah oui. On presse la pâte de cacao. Ce qui donne d’un côté un liquide, le beurre de cacao…

Audrey — Et d’un autre, la poudre de cacao. On arrive au bout de la chaine là. Je le sens.

André — Faites demi-tour avec prudence.

(A. et S. tournent autour de Charlotte et Anthony, pour se retrouver au même endroit !)

Susie — Avec prudence, je sais. Ici, on mélange la pâte de cacao avec du sucre et le beurre de cacao.

Audrey — C’est ce qui donne le chocolat prêt à être envoyé chez les fabricants de barres de chocolat.

Susie — Reste plus qu’à trouver d’où viennent les fèves.

Audrey — Retournons dans la première usine. Celle où arrivent les fèves. J’entends quelque chose, retournons-nous avec prudence…

(A. et S. font face à Gérault et Morgane.)

Gérault, Morgane — Salut !

Audrey, Susie — Salut !

Morgane — Où allez-vous ?

Audrey — Je ne sais pas. D’où venez-vous ?

Gérault — Je ne sais pas.

(Tous rejoignent le grand cercle.)

SCÈNE 4 « La mère cultivateur »

Chantal, Annick, Tabatha

(Un petit triangle, Chantal, Annick et Tabatha se parlent entre elles. Les enfants, Magdalena, Anthony, Morgane, Susie, forment un petit cercle dans le grand.)

Chantal —C’est moi la chef maintenant. On est obligé de travailler en famille. J’ai toujours travaillé dans la plantation, ça fait 20 ans. Je connais bien le métier moi. J’ai tout appris avec ma mère et maintenant c’est moi qui apprends à mes enfants. Moi, quand j’avais leur âge, je portais des sacs lourds. Je sais ce que c’est. Les enfants ramassent les cabosses et font une grosse montagne comme ils disent. Ils sont très bons aussi pour trier les fèves. Ils sont fiers de montrer qu’ils sont capables d’aider à la récolte. Ils me disent souvent « Maman, on n’est plus des bébés ». Mais attention, interdiction de toucher à la machette. J’ai vu trop d’accidents quand j’étais petit.

Annick — Moi, je serais fier qu’ils continuent à s’occuper de notre plantation. Mais on ne peut jamais être riche dans ce travail. À l’époque quand le gouvernement s’occupait des prix du cacao, on gagnait plus. Au temps de l’or brun. Maintenant c’est différent. C’est les opérateurs économiques qui décident des prix. On n’a pas le choix. Ils payent directement. C’est à prendre ou à laisser.

Tabatha — Au fond de mon coeur, j’aimerais que mes enfants apprennent à lire et à écrire. Moi je ne sais pas. C’est la rentrée des classes pour le moment. Ils sont à l’école et viennent donc beaucoup moins sur la plantation. L’école c’est important. Et jouer au foot avec les copains aussi ! La récolte est bonne cette saison, on pourra acheter des cahiers. Plus tard, c’est eux qui m’apprendront à lire et à écrire.

(En allant s’assoir dans le grand cercle.)

Chantal, Annick, Tabatha — On va travailler maintenant.

SCÈNE 5 « Enfants esclaves »

Magdalena, Anthony, Morgane, Tabatha, Susie, Gérault

Gérault (se lève, lance à la cantonade.) — Ça ne se passe pas toujours comme ça. Il y a des enfants pour qui c’est encore plus difficile.

(Magdalena, Anthony, Tabatha, Morgane et Susie se disposent en pentagone. Avant chaque réplique, on s’avance en en laissant un à sa droite et deux à sa gauche ; après la réplique, on revient à sa place.)

Magdalena — Je viens du Burkina Faso voisin ou du Mali. Je crois que je suis très loin de chez moi. Je vis dans la plantation. Je travaille ici depuis un an, de l’aube au crépuscule, 12 heures, tous les jours. Je n’ai aucune idée de pourquoi je n’ai pas encore reçu d’argent. Si j’avais su, je ne serais pas venu. Je demande toujours au maitre mon argent. Il refuse de me le donner.

Anthony — Personne n’a encore été payé. Il dit que si le cacao rapporte, il pourra nous payer. On ne peut pas le forcer à nous payer. On ne peut rien faire.

Morgane — J’ai quitté mon pays pour gagner de l’argent et aller à l’école. Ici, je travaille beaucoup pour ne rien gagner.

Tabatha — J’ai un ami ici, Urbain le pirate. On l’appelle le pirate parce qu’il a des énormes cicatrices à cause des machettes qu’on utilise pour couper les cabosses. Il travaille ici depuis 5 ans et six mois et il n’a jamais rien reçu. Le travail est difficile.

Susie — Au début, les sacs de cabosses étaient vraiment trop lourds pour moi. Maintenant je commence à y arriver, mais ça fait mal au dos. C’est fatiguant. On ne se pose pas la question. Il faut faire le travail c’est tout.

Magdalena — Ici c’est un autre monde. Les premiers mois, on est en période de dressage. Le corps doit le supporter.

Anthony — Si on s’enfuit, ils nous rattrapent et ils nous battent. Personne n’ose se mesurer au maitre. Il est trop puissant. On a tous peur de lui et personne n’a osé s’échapper sauf Omer.

Morgane — Le travail était trop dur pour lui. Il a couru, il a été rattrapé. Il a été attaché, les bras dans le dos.

Tabatha — Un frappait devant et un autre derrière. Omer a été jeté à terre, les maitres ont enlevé ses vêtements. Il a été battu, battu deux fois par jour, le matin et l’après-midi.

Susie — Son corps avait tellement de coupures et de plaies que les mouches essayaient de pondre dedans.

Magdalena — Dès que les plaies ont été cicatrisées, ils ont remis Omer dans le lot pour recommencer le travail. Les maitres le surveillent pour qu’il se ramollisse, qu’il accepte son sort et ses conditions.

(Tout le monde tousse. Et plus personne ne bouge.)

Anthony — C’est à cause des produits qu’on utilise dans les champs, les pesticides.

Morgane — Je n’ai plus revu ma famille. Quand je pense à toutes ces souffrances … Je veux dire beaucoup de choses mais je ne peux juste pas trouver les mots.

Tabatha — On dit que grâce à nous on fabrique du chocolat dans d’autres pays.

Susie — Mais moi j’en ai jamais mangé.

(Tous retournent s’assoir dans le grand cercle.)

SCÈNE 6 « Les entreprises se rejettent la responsabilité »

Annick, Christine, Jeanne, Céline, Éva

Annick — Bon, ça suffit toutes ces histoires d’horreur, là. Ça commence à me rendre malade. On est en 2012 quand même.

(Les 5 se lèvent et se placent sur une ligne. Aux 2 extrémités, face à face : Annick et Christine. Entre elles, dans l’ordre et le regard perpendiculaire : Éva, Jeanne et Céline. Pour ces 3 dernières : avant chaque réplique : un pas en avant ; à la fin de la réplique, se retourner et faire un pas pour revenir à son point de départ.)

Annick — Vous, l’opérateur économique, c’est vous qui achetez les fèves de cacao ?

Jeanne — Oui

Christine — Et vous achetez aussi les fèves qui ont été récoltées par des esclaves ?

Jeanne — Moi, je ne suis pas au courant. J’achète des sacs, c’est tout.

Annick — Et vous les achetez à combien de francs CFA ?

Jeanne — C’est difficile à dire. J’ai beaucoup de frais. Et puis je dois revendre les sacs à un autre intermédiaire, qui fixe le prix. Ce n’est pas moi. Au final je ne gagne quasiment rien.

Céline — Et alors, on fait semblant de ne pas entendre ? On achète les fruits de l’arbre de l’esclavage ?

Éva — C’est vrai qu’on en a entendu parler, vaguement. Mais vous savez, je ne peux pas tout contrôler : la chaine des fournisseurs, tous les intermédiaires. Je ne peux pas contrôler tout ce qui se passe avant que les fèves n’arrivent à l’usine.

Christine — Allez chercher les sacs chez les producteurs vous-même alors, comme ça vous serez au courant de tout.

Éva — Ah ça non, non, ce n’est vraiment pas possible. Ce n’est pas notre métier. Nous on fabrique du cacao. On ne connait pas la forêt et les producteurs.

Annick — Mais pourquoi vous payez ces fèves de cacao pour un prix ridicule ?

Éva — Écoutez, les fèves n’ont pas toujours eu le temps de sécher. On veut bien payer plus mais alors la qualité doit être irréprochable.

Christine — Vous, vous devez attendre que les fèves soient prêtes pour les acheter alors.

Jeanne — Les cultivateurs ont besoin d’argent tout de suite, de l’argent liquide pour acheter de la nourriture et faire vivre leur famille, et pour arriver à planifier la prochaine récolte. et payer ce dont la famille a besoin. Et on se revoit à la prochaine récolte.

Annick — Il faudrait aider les cultivateurs. Il faudrait qu’ils aient assez d’économie pour ne pas être obligés de vendre leurs fèves dans l’urgence.

Jeanne — C’est l’idéal. Et il y a les arbres aussi. Les cacaoyers sont vieux et malades. Ils sont arrivés en fin de vie, ils produisent de moins en moins. On va bientôt manquer de cacao.

Christine — Il faut planter de nouveaux arbres alors.

Éva — Justement, les scientifiques sont occupés à élaborer de nouvelles espèces plus résistantes. La qualité des fèves sera meilleure.

Jeanne — Et alors, les prix des sacs vont remonter ?

Éva — Je n’en sais rien moi. Nous on achète les fèves, on les transforme et on vend le chocolat à d’autres entreprises qui maitrisent le marché du chocolat : les chocolatiers belges, suisses et lui là, monsieur Nestlé.

Céline — Ne me regardez pas comme ça. Je ne suis pas tout seul. On est plusieurs : Nestlé, Mars, Kraft, et Ferrero.

Annick — Et alors Mister Nestlé ? Vous vendez du chocolat en sachant qu’une partie du cacao que vous achetez est le fruit de l’esclavage des enfants ?

Céline — Heu, j’en ai entendu parler. J’ai vu une campagne, là, en Belgique. Heu…

Jeanne — Et vous ? Vous mangez ce chocolat ? Le travail des enfants ? Vous connaissez ?

Christine — Je n’aurais jamais imaginé que ça se passait comme ça pour le chocolat. Mais vous savez, je ne suis pas seul à en manger, on est des millions.

Jeanne — Des millions ! L’union fait la force ! Vous pourriez en faire changer des choses !

Céline — Écoutez, en tout cas, ce n’est pas de notre faute. Ce n’est pas à nous d’agir. Et puis, il y a des clients à satisfaire. On consomme dans le monde 2 600 000 tonnes de chocolat par an. Les gens réclament de plus en plus de chocolat. Les consommateurs belges par exemple : 11 kg / an par habitant.

Annick — 11 kg ! Tout ça !

Céline — Goinfre, voilà ce que vous êtes.

Christine — Moi pour l’instant j’ai des problèmes de foie.

Jeanne — Dites donc vous deux, avec votre petite bande de potes, là, Mars, Nestlé, Callebaut… vous ne seriez pas un peu en train de vous mettre d’accord pour contrôler les prix ? Les travailleurs vous vous en foutez un peu. Non ?

Céline — Pas du tout, ils font partie de nos préoccupations.

Jeanne — Ah bon ? Et on pourrait connaitre l’ordre d’importance, par exemple, de l’éducation des paysans ?

Céline — (Bas) En sixième position.

Jeanne — Plus fort, on n’a rien entendu.

Céline — En sixième position.

Jeanne — Et avant ça.

Éva — Il y a les soins de santé, c’est important les soins de santé.

Jeanne — Et puis ?

Céline — Et puis, la qualité.

Jeanne — C’est tout ? Et en tout premier lieu c’est quoi le plus important ?

Éva — Heu… la profitabilité.

Jeanne — La quoi ?

Céline — La profitabilité, le profit, quoi. Le fric, l’oseille, le blé, le pognon, le flouze… On est une entreprise, notre métier c’est de gagner de l’argent. Vous savez ce que ça coute rien que la publicité pour donner envie aux gens comme eux (désignant les consommateurs) d’acheter notre chocolat ? Et pour leur faire oublier l’esclavage des enfants, c’est encore pire. Voilà vous êtes content là ?

Annick — Content, non, mais comme ça on est au courant.

SCÈNE 7 « Commerce équitable »

Tous

(En équilibre plateau. Chacun parle avec la balle-monde en mains. À la fin de la réplique, elle est lancée en l’air, très haut, et en direction du partenaire de la réplique suivante. La balle-monde n’est relancée qu’à la fin des répliques.)

André — Dans mon pays on dit que l’union fait la force.

Morgane — Et si tous les producteurs s’unissaient.

Annick — Et si on se mettait ensemble pour fixer un prix minimum pour les sacs de fèves.

Anthony — Un prix minium garanti.

Tabatha — En plus du prix du sac, on demanderait une prime.

Chantal — L’argent de la prime, on le mettrait de côté, dans une grande cagnotte.

Charlotte — On mettrait nos sous ensemble.

Gérault— Avec cet argent, on achèterait des camions pour transporter nous-mêmes les fèves vers les usines.

Éva — On ne devrait plus attendre que les pisteurs viennent acheter nos fèves, alors !

Christine — On construirait des entrepôts pour les sacs.

Céline — On construirait des écoles.

Magdalena — On achèterait des manuels scolaires.

Jeanne — On construirait des hôpitaux.

Audrey — Tout ça nous appartiendrait.

Susie — Et s’il y en a un qui est malade dans notre groupe et bien il pourra utiliser notre cagnotte.

André — Ce serait une réserve de fonds pour acheter des médicaments.

Morgane — Pour aller chez le médecin.

Annick — Si on a davantage d’argent, on pourrait engager des vrais travailleurs.

Anthony — On pourrait leur payer un vrai salaire.

Tabatha — Les enfants ne seraient plus obligés de faire le travail des adultes dans les plantations.

Chantal — Les enfants pourraient aller à l’école le matin.

Charlotte — Et l’après-midi ce seront les parents qui apprendraient à lire et à écrire.

Gérault— Les enfants pourraient aller jouer au foot.

Éva — Il n’y aurait plus d’esclavage d’enfants.
Christine Ils ne porteraient plus de lourds sacs.

Céline —Ils ne travailleraient plus 10 h par jour.

Magdalena —Ils n’utiliseraient plus de pesticides sans protection.

Jeanne —Avec cet argent, on n’utiliserait plus de pesticides dangereux pour la santé.

Audrey —L’eau que l’on boit ne sera plus polluée par les pesticides.

Susie —On pourrait construire des nouveaux puits.

André —On pourrait soigner les arbres malades.

Morgane —Ou bien en planter des nouveaux à la place des vieux.

Annick —On pourra toujours vendre nos fèves et le chocolat sera toujours de bonne qualité.

Anthony— Si tout le monde sait lire et écrire, on sera plus fort pour se défendre contre les grandes entreprises du cacao.

Tabatha —On se réunirait et on voterait pour prendre des décisions.

Chantal — Tout le monde pourra voter.

Charlotte — Même les femmes.

Gérault —Surtout les femmes.

Éva— On serait des milliers à s’unir pour se mettre d’accord.

Christine — On cultiverait comme ça des milliers d’hectares de plantations.

Céline — On produirait des milliers de tonnes de fèves.

Magdalena — On demanderait au gouvernement de faire respecter les droits des enfants et de demander aux entreprises de ne plus payer des prix si bas.

Jeanne — On obligerait les producteurs à respecter les règles qu’on a décidées ensemble.

Audrey — On serait riches.

(Tous, sauf Susie, s’asseyent, là où ils sont. Susie tient la balle-monde à 2 mains, au-dessus de sa tête.)

Susie — Il faut faire quelque chose pour que ça change !

(Tous se lèvent et forment une étoile en tendant les bras !)

FIN ?



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